Il n’y a pas une aphasie, mais plusieurs. Chez certaines personnes, ce sont surtout les mots qui ne sortent plus. Chez d’autres, c’est le sens des mots qui se brouille. Parfois, les deux types d’atteintes sont présents. Connaître ces formes aide à mettre des mots sur ce que l’on vit.
Pour s’y retrouver, il faut garder à l’esprit que les centres cérébraux essentiels au langage se situent le plus souvent dans un seul hémisphère cérébral : le gauche, chez la très grande majorité des personnes. Chez les personnes gauchères, jusqu’à un quart ont ces centres dans l’hémisphère droit.
Ces centres se distribuent d’arrière en avant de l’hémisphère concerné. Plus la lésion cérébrale est à l’arrière, plus c’est le sens des mots qui est atteint ; plus elle est en avant, plus c’est l’élaboration des mots à l’oral (articulation) ou à l’écrit (mouvement d’écriture) qui est atteinte. À l’arrière, la personne n’a aucune difficulté pour parler ou écrire, mais les mots qu’elle choisit ne traduisent pas sa pensée et semblent choisis au hasard, ce qui conduit à des phrases dépourvues de signification. À l’avant, elle ne peut pas formuler le mot alors qu’elle l’a bien en tête et qu’il est adapté.
Deux grandes familles
Les formes d’aphasie se regroupent ainsi en deux familles, selon la façon dont la parole ou l’écriture sont élaborées.
Dans les aphasies non fluentes, parler demande un effort. Les phrases sont courtes, hésitantes, le mot juste se fait attendre et n’est pas prononcé correctement, ou pas du tout. Il peut en aller de même pour l’écriture. La compréhension, elle, est souvent mieux préservée.
Dans les aphasies fluentes, la parole coule, parfois même trop. Il en va de même pour l’écriture : certains patients écrivent sans cesse, comme s’ils ne pouvaient pas s’arrêter. Mais le sens se brouille : les mots se mélangent, et comprendre ce qu’on entend devient difficile.
Des formes nommées
Les spécialistes (médecins, orthophonistes…) utilisent des étiquettes pour décrire ces profils. En voici quelques exemples, à titre d’illustration. Elles ne sont pas un diagnostic à poser soi-même, mais des repères.
- Aphasie de Broca (non fluente) : l’expression est très touchée, la compréhension mieux préservée. La personne sait ce qu’elle veut dire, mais les mots ne sortent qu’avec effort, ou ne sortent pas.
- Aphasie de Wernicke (fluente) : la parole est fluide, mais la compréhension est atteinte et le discours peut perdre tout ou partie de son sens.
- Anomie : la gêne principale est le manque du mot — le mot juste qui se dérobe, alors que le reste fonctionne plutôt bien.
- Aphasie de conduction : répéter un mot ou une phrase qui vient d’être prononcée par un tiers est très difficile, avec des paraphasies phonémiques (mots déformés) dont le patient a conscience.
- Aphasie globale : l’expression et la compréhension sont toutes deux fortement atteintes.
Peu de cas « purs »
Dans la réalité, ces formes se mélangent souvent. Une personne présente rarement un profil unique : plusieurs traits coexistent, avec une dominante. C’est pourquoi deux personnes aphasiques peuvent vivre des choses très différentes.
À quoi sert de nommer la forme
Nommer la forme n’est pas une fin en soi. C’est un repère pour l’orthophoniste, qui adapte sa rééducation et son accompagnement à ce que la personne vit. Ce n’est pas un autodiagnostic : seule une évaluation par un professionnel permet de situer précisément une aphasie.
En complément, s’entraîner au quotidien
Quelle que soit la forme, s’entraîner régulièrement, en complément de l’orthophonie, aide à entretenir le langage. Aphasix propose des exercices à faire chaque jour, chez soi. → Découvrir Aphasix